1985-1994
Comme toujours la revue intégrait deux ou trois cas concrets de robotisation comme la palettisation de bouteilles de vins chez Boisset ; la robotisation du soudage des pelles chez Poclain ; la manutention de disquettes chez HP ; la palettisation des tubes cathodiques chez Corning Glass ; l’assemblage des cassettes à rubans pour imprimantes chez IBM ; le moulage de carters chez Schlumberger ; le montage avec robots et caméras des Spir 2000 de Black et Decker ; la prise de robinets en vrac chez Huot ; la découpe jet d’eau de la V6 Gt d’Alpine Renault ; la projection de masque chez Dassault Aviation pour les Mirages. Et tous ces exemples concrets en une seule année de publication.
Vous noterez que depuis, pas mal de ces entreprises ont délocalisé leurs productions. Certes les technologies ont évolué, l’écran cathodique est devenu Led, le ruban d’imprimante a été remplacé par les cartouches d’encre et le Spir a trouvé un successeur, mais aucun de ses produits de substitution n’est produit en France. Il en est de même avec les exemples cités précédemment comme le cardage de chaussures.
Pour les statistiques publiées en 85 (et donc les installations en 1984), on retiendra le passage d’un parc de 1.280 à 1.857 robots, dont 930 robots français. Pile la moitié.
L’année démarre aussi avec une nouveauté du leader Français, à savoir Renault Automation qui annonce deux robots électriques qui vont remplacer ses robots hydrauliques. Une époque où la présence de Renault dans la robotique semblait devoir perdurer. Il faut dire que dans le même temps Comau pour Fiat et bien d’autres constructeurs automobiles préféraient développer leurs propres produits.
Autre sujet évoqué cette année-là, c’est la programmation des robots, car à cette époque plusieurs solutions co-existaient (et c’est toujours le cas).
« Nous allons analyser dans ce dossier les divers moyens de fournir aux moteurs les informations nécessaires pour les mouvoir ; ces informations doivent permettre de réaliser des trajectoires plus ou moins complexes, selon le travail à effectuer.
A travers différentes étapes, les informations de l’armoire de commande du robot vont être transformées en mouvements, ceux-ci seront asservis en position et (ou) en vitesse permettant ainsi de commander plusieurs axes dans l’espace.
Chaque axe d’un robot est équipé de capteurs qui détermineront position et vitesse au cours du déplacement ».
1985 aura aussi été l’année de l’avènement de la Vision Industrielle. Nous avons déjà évoqué Matra, mais il y avait aussi d’autres entreprises françaises de premier plan comme Itmi, I2S, Sofretec, Gixi, Digital Design, AI Vision… des entreprises nationales en compétition avec quelques étrangères comme l’américain Automatix.
Ce sujet de la Vision était poussé par les Pouvoirs Publics qui y voyaient un moyen avec la Robotique de donner à la France une place mondiale. Un ouvrage écrit par Michel Parent et Claude Laurgeau, auquel j’avais participé, faisait un point complet sur le sujet.
Voici un état de lieux en 1985 de la Vision au travers un débat qui montre bien les visions que peuvent avoir un Claude Laurgeau, expert en la matière et le responsable automatismes chez Renault sont bien différentes. Et comme les statistiques que nous faisons sur la robotique avait marqué les esprits, nous avons fait de premières statistiques sur l’emploi de la vision industrielle dans les entreprises. Nous avions dénombré 141 systèmes installés dont 124 français. Vous verrez que les systèmes linéaires comptaient pour 20% des installations.
1986 démarre en flèche avec une augmentation notable du nombre de robots qui d’un parc de 1.857 passe à 2.714 unités.
Mais surtout ce sera l’année des réseaux de communication, comme avec l’annonce du projet MAP américain « Le projet MAP (Manufacturing Automation Protocols) a été initialisé en 1980, suite à une décision volontariste du haut Management de la société General Motors (GM) aux Etats-Unis. »
« En 1986, les entreprises commencent à se sentir concernées par les réseaux locaux, elles comprennent que plus elles automatiseront leurs moyens de production, plus elles auront de difficultés pour les faire communiquer entre elles.
Pour résoudre en partie ce problème d’incompatibilité entre des produits aussi divers que les robots, les postes de CAO, de vision ou la GPAO, il fallait trouver un moyen, le plus normalisé possible, pour permettre cette communication : ce sont les réseaux locaux.
Mais pour faire communiquer un capteur et son actionneur ou pour la réalisation d’un atelier complet, il était indispensable de créer une hiérarchisation des réseaux locaux industriels qui se regroupent en trois niveaux. »
Axes N°21 – Réseaux Locaux Industriels
Joel Le Quément, qui faisait partie de la Direction Générale à la Commission des Communautés Européennes, nous expliquait dans le numéro 28, qu’il avait vécu trois chocs en dix ans. Le premier à la fin des années 70 avec l’automobile qui faisait le choix de la
robotique et notamment Toyota qui installait d’emblée 1.000 robots dans ses usines. Deuxième choc en 1980 l’arrivée de la conception et de la fabrication assistés par ordinateur avec l’arrivée du CIM (production intégrée par ordinateur) poussé par IBM et General Electric. Et le dernier choc, c’est General Motors qui lance le protocole MAP, une centaine d’experts qui ambitionnaient la définition de spécificités permettant de rendre compatible l’ensemble des ilots d’automatisation du groupe.
Dans le même esprit nous avions interrogé le patron de Direction Générale de l’Industrie qui nous confiait « Je ne suis pas tellement satisfait sur l’explication traditionnelle que l’on donne de notre retard dans le domaine de la machine-outil depuis quelques années”.
En 1987, le nombre de robots a augmenté de 1.074 pour la première fois le chiffre de milliers est atteint, le parc total est estimé à 3.750 robots. Et pour la première fois apparaissent deux tableaux, celui des installations annuelles, mais également celui des robots retirés des lignes de production. Un phénomène encore marginal, mais les robots hydrauliques arrivent en fin de vie, et leur maintenance spécifiques faisait que les acheteurs préféraient passer toutes les lignes en électriques.
On notera, pour le fun, la création d’une nouvelle rubrique dans les nouveautés, après la robotique, la vision, les réseaux et la XAO apparaît le terme d’I.A. avec des news sur les premiers logiciels d’intelligence artificielle (avec Texas Instruments et Graphael) ou des développements dans les systèmes experts (Itmi et Mitsubishi). Une ouverture pour un magazine qui réfléchit à son élargissement.
Cet élargissement suit les évolutions des industriels qui réfléchissent à passer de la cellule robotisée aux ateliers flexibles. Un grand débat de cette fin des années 80.
« Un Atelier Flexible pour quoi faire ? Telle est l’une des questions que se posent actuellement beaucoup d’industriels.
Pour y répondre nous avons demandé à Roger Bonetto, auteur d’un ouvrage remarquable sur les ateliers flexibles, d’introduire un débat réunissant des utilisateurs. Ceux-ci ont conçu au sein de leur usine de tels systèmes, en essayant de ne pas tomber dans le piège de la sophistication à outrance, qui complique souvent la réalisation finale et met en cause les études de rentabilité ».
Devenir en quelques années la revue de référence de la robotique, c’est bien. Organiser un grand événement sur le sujet, c’est mieux.
C’est ainsi que Axes Communication, en partenariat avec le Birp de Pierre Jegu (qui avait déjà en son sein le salon Automation et Micad), nous lançons Exporobot qui se tiendra au Parc des expositions du Bourget. Cette première édition aura passionné 3.700 visiteurs. Et ce n’était qu’un coup d’essai.
Ce premier salon de la robotique avait de quoi attirer le public. Nous avions, en partenariat avec Vision 3D et Asea (devenu ensuite ABB), réalisé une application d’usinage de buste des visiteurs. Le système de vision équipé de deux faisceaux lasers et d’une caméra enregistrait en une dizaine de secondes les coordonnées du contour extérieur de la tête. Les données étaient traitées et envoyées au robot qui usinait en une quinzaine de minutes le portrait de la personne.
C’est ainsi que Michel Chevalet, journaliste vedette de TF1 se faisait « usiner le portrait » en direct pendant le journal télévisé.
Et en 1989, la deuxième Edition d’Exporobot réuni tous les acteurs, les frileux de la première édition s’inscrivent, les fournisseurs français en premier. Ca va déménager.
Et pour commencer nous avions fait une couverture Unique et Exceptionnelle. Pour la première fois au monde un magazine intégrait dans sa couverture un stéréo-hologramme. Je me souviens, comme si c’était hier, de la machinerie installée sur un rail mobile en train de scanner le robot réel pour réaliser ce stéréo-hologramme.
Les stéréo-hologrammes étaient tous collés manuellement sur chaque magazine, un travail de fou afin d’éviter de les rayer. Pour compliquer l’opération, chaque numéro était personnalisé (le scan montre mon numéro 00055, nous étions édité plus de 8.000 exemplaires.
Et, tant qu’à faire, grâce au soutien de Renault Automation qui présentait sur le salon en avant-première son nouveau contrôleur, un scoop mondial, nous avions profité de la communication que le groupe national avait entrepris avec Albert Uderzo. Pour la première fois, ce dernier nous avait accordé l’autorisation d’intégrer Astérix et Obélix dans notre couverture (je ne suis pas certain que de telles autorisations aient été données par la suite…).
En 50 ans de carrière, cette couverture reste emblématique. Impossible de faire mieux, quant au budget nécessaire pour l’ensemble de l’opération (personnalisation, stéréo hologramme et Astérix), il restera un secret bien gardé que nous sommes peu à connaitre…
Mais ne boudons notre plaisir, Astérix et Obélix réunis, c’est pas rien.
En dehors de la couverture tous les fournisseurs étaient présents, nous avions même profité de l’occasion pour lancer la première édition d’un autre salon : Expovision.
En parallèle nous avions interviewé les trois leaders du moment, ABB, Renault Automation et un petit nouveau qui allait faire parler de lui Staubli, qui de revendeur d’Unimation allait se lancer dans le bain de la production, et quelques années plus tard racheter Unimation.
Sans le savoir, nous vivions un moment charnière de la robotique et du magazine qui annonce lors du salon son passage de bimestriel à mensuel. L’édition suivante d’Exporobot/Expovision se tiendra en 1990, et ce seront 25% de surface en plus. Un succès que rien ne semblait freiner. Ensuite, ce sera la version 92. La première guerre du golfe n’était pas encore au menu…
Il aura fallu attendre fin 1990 pour avoir une idée précise du parc mondial de robots. Grace à l’IFR, avec encore de graves lacunes sur la méthode comptage des robots. Mais ne boudons pas le plaisir de posséder enfin de premières tendances.
Certes l’IFR, hébergé à l’époque au Japon, montre un Japon omniprésent avec un parc de plus de 67.000 robots, plus que l’ensemble de l’Europe (je vous avais prévenu sur la cohérence des chiffres, un manipulateur japonais étant égal à un robot français). Mais ce qu’il faut retenir c’est un parc français de 7.063 robots et un parc Asiatique hors Japon d’à peine 2.000 robots. Les Chinois ne s’étaient pas encore réveillés… L’année suivante la Chine sera séparé, mais elle n’aura que 1.289 robots contre 8.551 pour la France.
Un numéro avec les interviews du président de GMF le Fanuc américain, de Joe Engelberger et de Michel Parent (ancien président de l’association française de robotique parti au MIT américain).
Et ce début des années 90 sera également marqué par la restructuration de ce marché de la robotique notamment avec ABB qui rachètera à tour de bras les Trallfa, Cincinnati Milacron, puis plus tard Renault Automation, Graco….
En 1991, Axes Communication investissait dans une revue complémentaire à Axes, un magazine fondé, deux ans auparavant, par Richard Chaigneau et en perte de vitesse que nous avons relancé. Son nom « Harvest », rien à voir avec le fameux album de Neil Young, quoique ? Mais un magazine dédié à la CFAO, le pont parfait entre Conception et Automatisation.
Je ne résiste pas au plaisir de mettre en ligne une des interviews qui marque une carrière de journaliste celles de Pierre Bézier et de Paul de Casteljau, deux des plus grosses pointures de l’époque. Sans ces deux personnages-là le monde du design numérique serait bien différent aujourd’hui, des courbes qui ont influencé PostScript et Pdf. Sans Pierre Bézier : pas de texte parfaitement net à toutes les tailles, pas de zoom infini sur les logos, pas de WYSIWYG fiable entre écran et impression…
J’avoue aussi, que lors de notre échange, les deux loustics, heureux de se retrouver, s’en donnaient à cœur joie sur la théorie des ondelettes (wavelets) et que votre serviteur avait bien du mal à les suivre, et c’est un euphémisme.
« Nous avons tendu notre micro à deux géants de la CAO/CFAO : Monsieur Pierre Bézier (les fameuses courbes de Bézier), ingénieur qui a passé sa carrière industrielle à la Régie Renault, et qui a donné son nom aux fameux “carreaux”, et Monsieur de Casteljau, mathématicien, normalien, qui exerce son art depuis de nombreuses années chez Citroën.
Ces Messieurs de la CFAO nous en offrent une vision actuelle et future, sans oublier de passer par des détours anecdotiques ou historiques toujours savoureux ».
Axes Robotique devient Axes Robotique-Automatisme. Même si cela semble marginal, c’est un bouleversement. Nous faisions face à de la concurrence dans le domaine de la presse, et le terme de robotique seul devenait limitatif, un robot s’installait obligatoire dans un ensemble automatisé. Les réseaux, la vision, le laser… autant de technologies dont nous parlions et que le titre ne reflétait plus.
Les photos des 5 premiers numéros sous ce nouveau titre montrent bien notre volonté.
Peu de temps auparavant nous avions créé une sorte de réseau social avant l’heure, le Club des Axiens. Un moyen pour les abonnés d’échanger, de visiter des entreprises lors de visites que nous organisions en exclusivité, d’avoir des tarifs sur les diverses revues étrangères avec lesquelles nous avions des accords, nous propositions même un abonnement annuel comprenant le leader Français accompagné du leader américain (Managing Automation – magazine américain dans lequel je tenais une rubrique durant quelques années), espagnol (Revista de Robotica), allemand (Roboter) et anglais (Robots).
Et pour montrer la vitalité de l’industrie en France nous lancions un annuaire intitulé « les Must », dans lequel nous regroupions les applications les plus représentatives de l’année. Plus de 100 pages avec un panel hétéroclite d’applications chez Renault, Aérospatiale, Placoplatre, Lebranchu, Siab Olivetti, SNCF, Plastivaloire, Thomson, Hoover, Rhône Poulenc
Dans le même temps nous commençons à organiser des visites techniques à l’étranger comme au Japon, avec des arguments de poids. Nous titrions à l’époque « La réalité japonaise face à sa propagande », inutile de vous dire qu’avec le programme concocté, visite de Mazak, de Fanuc, de Toyota, nous n’avions pas eu trop de mal à remplir les places.
Alors que se tenait Exporobot/Expovision 92, nous fêtions nos dix ans, une occasion pour demander au père de la robotique Joe Engelberger de bien vouloir nous parler du futur de la robotique qui, pour lui, va passer de la robotique industrielle à la robotique de service. Une nouvelle aventure dans laquelle il se sera lancé à fond dans ses dernières années.
92, sera également l’année du départ vers une autre planète d’Isaac Asimov, le fondateur des trois lois de la robotique, l’auteur mythique qui a rendu les robots sympathiques à une génération de lecteurs, suscitant même des vocations.
Axes N°65/66 – Anniversaire
La guerre du Golfe, bien que terminée, aura des effets qui vont perdurer, un peu comme les vagues de l’océan. Lors du déclenchement des hostilités, tous les offreurs se sont posés des questions. Et les premiers budgets à se retrouver contractés sont toujours ceux liés à la communication et au marketing, en parallèle les nouveautés sont reléguées au second plan, en attendant des jours meilleurs.
Pour Axes Communication (que je détenais pour moitié, l’autre moitié étant dans les mains de la régie publicitaire Média Régie) les publicités engagées étaient, dans un premier temps, publiées mais les nouvelles annonces se sont fait attendre. A cela l’environnement restait passif et la société encore fragile n’y a pas résisté. En Juin 93, c’est le dépôt de bilan.
Je soutenais avec Anne-Caroline une solution auprès du liquidateur judiciaire pour une reprise rapide, mais ce dernier en décida autrement et préféra l’offre de Média Régie associée à notre concurrent de l’époque Saincy Communication. Ce ne sera que partie remise, mais cela est une autre histoire que nous verrons plus tard….
En attendant, il fallait réagir, et c’est ainsi que naissait quelques mois plus tard, la société Cimax avec Anne Caroline comme Directrice de publication, poste qu’elle gardera jusqu’à la vente de Cimax en 2.000. Pour ma part, je reprenais mon rôle de Rédacteur en chef.
Après avoir touché le fond de la piscine, nous démarrions cette fin d’année 93 avec les premiers numéros d’un nouveau magazine : RobAut (contraction de Robotique et Automatique).
Dans le N°3, nous annoncions la vente de Renault automation à ABB, la fin d’une époque. Nous titrions « France, appelez-moi toujours France ». L’objectif était de montrer que la robotique française perdurait et perdurerait quoiqu’il arrive….
Pour en parler nous mettions en avant Afma qui n’existe plus, Sepro qui dans le domaine du plastique reste un leader national. Nous avions également intégré Staubli qui rapatriait les production et développement d’Unimation en France. Nous écrivions « nous continuerons à considérer Staubli comme français, les suisses ont déjà ABB (à moins qu’il s’agisse de robots suédois) ». Petite clarification, les décisions stratégiques, les financements… venaient bien de Suisse, et donc les robots étaient suisses, mais comme la production avait lieu en France, nous les mettions statistiquement dans les robots français. De même pour ABB groupe suisse avec des robots fabriqués en Suède, le capital est une chose la production en est une autre. Aujourd’hui ABB est-il japonais par son rachat par SoftBank ? Kuka chinois par son rachat par Midea (compliqué pour ce dernier qui possède deux sites de productions) ?